L’or et les armes : Les dessous d’un marché sanglant

Trois ans après le déclenchement de la guerre civile au Soudan entre les Forces Armées Soudanaises (SAF) et les Forces de Soutien Rapide (RSF), le conflit, prolongé par d’intenses ingérences extérieures, a fait plus de 150 000 morts selon certaines estimations et déplacé plus de 11 à 12 millions de personnes, constituant la plus grande crise humanitaire mondiale.

Alors que les combats font rage notamment autour d’El Obeid dans le Nord-Kordofan, avec des risques de massacres de masse, les puissances régionales et internationales continuent d’alimenter les deux camps via des livraisons d’armes, des filières de contrebande d’or et des appuis logistiques, retardant toute perspective de paix durable.

Une guerre alimentée par les armes et l’or

Selon un article de l’Atlantic Council intitulé « Sudan is caught in a web of external interference », les Émirats arabes unis (EAU) sont accusés de fournir des armes, des munitions et des véhicules blindés aux RSF, en échange d’un contrôle sur les routes de contrebande d’or et d’opportunités minières et agricoles. Abu Dhabi dément ces allégations, mais des preuves incluent des convois interceptés en Darfour révélant des missiles Kornet et des passeports de mercenaires colombiens avec visas EAU. Lire : https://www.atlanticcouncil.org/blogs/menasource/sudan-rsf-saf-uae-intervention/

Le même texte met en lumière le rôle de la Russie via l’Africa Corps (ex-Wagner), qui fournit des armes aux RSF contre des concessions aurifères, tout en courtisant les SAF pour une base navale à Port-Soudan. Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie russe d’exploitation des instabilités africaines.

ADF Magazine, dans « Regional Powers Feed Sudan’s Fight », confirme que la Turquie fournit des drones Bayraktar TB2 et Akinci aux SAF, tandis que les EAU arment les RSF. Ces apports ont « transformé le champ de bataille soudanais en un terrain du XXIe siècle », effaçant les lignes de front via l’usage massif de drones. L’Égypte soutient les SAF avec renseignement, formation et armes pour protéger ses intérêts sur le Nil et sa frontière sud. L’Arabie saoudite, quant à elle, appuie le gouvernement reconnu internationalement tout en hébergeant des pourparlers de paix souvent infructueux. Lire : https://adf-magazine.com/2026/01/regional-powers-feed-sudans-fight/

Réseaux régionaux et économie de guerre

Chatham House du 20 mai 2026, dans « The flow of arms and money feeding the war in Sudan can be cut », souligne que les pipelines d’armes et les corridors logistiques via la Libye, le Tchad, l’Érythrée et l’Éthiopie maintiennent la capacité de combat des deux factions. Les drones ont causé plus de 80 % des décès civils documentés entre janvier et avril 2026. L’or reste le « tissu conjonctif » du conflit, transitant par des filières informelles en Afrique de l’Est, avec l’EAU comme hub majeur. Lire : https://www.chathamhouse.org/2026/05/flow-arms-and-money-feeding-war-sudan-can-be-cut-what-missing-will

Ces ingérences transforment le Soudan en champ de bataille proxy : les EAU y voient un pont vers le Sahel riche en ressources, l’Égypte et la Turquie défendent leur influence dans la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, tandis que la Russie et d’autres acteurs exploitent le vide sécuritaire.

Une réponse internationale défaillante

Malgré des initiatives comme la conférence de Berlin (avril 2026) et la feuille de route du « Quad » (États-Unis, Égypte, Arabie saoudite, EAU), aucune stratégie cohérente n’a émergé pour interrompre les flux d’armes et de financement. Les embargos sont violés et les sanctions restent limitées, note l’Atlantic Council, qui plaide pour un usage renforcé des outils comme la loi Magnitsky et un rapporteur spécial de l’ONU.

Chatham House appelle à une « déproxification » : disruption coordonnée des routes d’armes, de l’or et de la logistique, avec un leadership américain plus ferme, un rôle accru de l’Union africaine et des sanctions ciblées sur les intermédiaires. Sans cela, les calculs des belligérants et de leurs parrains privilégient la victoire militaire ou le partage du pays au détriment d’une transition démocratique.

Sur le terrain, la famine menace de vastes zones, avec près de 20 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë et des centaines de milliers d’enfants en risque de malnutrition sévère. Les voisins du Soudan peinent à gérer l’afflux de réfugiés, tandis que le chaos profite au crime organisé, notamment le trafic d’êtres humains.

La communauté internationale dispose des leviers : sanctions, transparence sur les réseaux illicites, conditionnalité de l’aide pour briser ce cercle vicieux. Mais comme le soulignent les analyses, c’est la volonté politique qui fait encore défaut face à un conflit qui, sans ingérences extérieures, « aurait probablement pris fin beaucoup plus tôt ». 


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3 hours ago

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Afrika First

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