MOSCOU CONTRE BRUXELLES : Les dessous d’une guerre d’influence en Afrique

Entre expansionnisme russe en quête de ressources et repli stratégique européen miné par l'héritage colonial, la compétition géopolitique en Afrique s'intensifie. Documentés par les organisations internationales, les bilans sécuritaire et humain de cette confrontation apparaissent désastreux, les populations civiles étant les premières victimes de cette guerre d'influence où chaque camp défend ses intérêts stratégiques.

L'OFFENSIVE RUSSE 

La présence russe en Afrique se structure comme un système complet, visant le contrôle économique et politique des États hôtes, au détriment de leur développement.

La mort du chef de Wagner en août 2023 n'a pas affaibli le dispositif russe. Le SVR a repris les rênes, et en février 2025, Africa Corps, intégré au ministère russe de la Défense, officialise la transition. Cette unité ne se retire pas mais s'installe durablement. Des images satellites montrent des expansions significatives de bases à Bamako entre décembre 2024 et janvier 2025. En avril 2024, 100 instructeurs d'Africa Corps arrivent au Niger, remplaçant les troupes américaines, tandis que 400 spécialistes sont déployés au Burkina Faso. L'objectif dépasse le Sahel, en Guinée équatoriale, l'arrivée de 200 soldats d'élite fin 2024 ambitionne d'établir une base navale atlantique, menaçant les routes maritimes européennes.

Loin d'apporter la stabilité, l'intervention russe coïncide avec une escalade de la violence. Selon le groupe d'experts de l'ONU, la zone contrôlée par les groupes terroristes au Mali a presque doublé en un an. En RCA, le projet ACLED estime Wagner responsable de 40% des violences politiques entre 2020 et 2022, parlant d'une « capture de l'État ». Le paroxysme est atteint à Moura (Mali) en mars 2022, où un rapport de l'ONU établit l'exécution d'au moins 500 civils par les forces armées et des « personnels militaires étrangers ». Les exactions se poursuivent en série : Sambani (16 morts), Ersane (17), Wellingara (25). Un bilan provisoire estime à 1.800 le nombre de civils tués par Wagner en Afrique, sans compter les pillages et viols documentés.

Pillage économique et guerre informationnelle

Le modèle économique russe repose sur l'exploitation directe des ressources (or, diamants, accès aux ports) en échange d'une protection militaire. Parallèlement, Moscou mène une guerre de l'information avec un budget de 7,3 millions de dollars (janvier-octobre 2024). Via des associations comme l'African Initiative, des influenceurs locaux sont invités en Russie. En Angola, deux Russes ont été arrêtés pour avoir déguisé des opérations politiques sous couvert d'ONG culturelle. Toutefois, cette stratégie massive peinerait à se transformer en investissements économiques concrets.

Une instrumentalisation du sentiment anti-français

La Russie capitalise sur la défiance historique envers l'ancienne puissance coloniale pour légitimer son ingérence, sans offrir de perspective de développement. Sa présence maintient des États instables sous pression sécuritaire, les empêchant de se construire.

LE RECUL EUROPÉEN

Perçu comme un partenaire dominateur, l'Europe, et particulièrement la France, subit un rejet croissant.

En moins de trois ans, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont mis fin à leur coopération militaire avec la France. Début 2025, Paris ne conserve que Djibouti et le Gabon, avec moins de 2.000 soldats. Le retrait est vécu comme une humiliation. Le président sénégalais qualifie la souveraineté d'incompatible avec la présence de bases étrangères, son homologue tchadien juge les accords « obsolètes ».

L'héritage économique et politique comme boulet

Le Franc CFA, perçu comme une entrave à la souveraineté monétaire, cristallise les critiques. Les Accords de Partenariat Économique (APE) avec l'UE, surnommés « Accords de Paupérisation économique » par leurs détracteurs, sont accusés de servir les multinationales. Cette image d'une Europe prédatrice est le principal carburant du rejet actuel.

Une riposte inefficace

Face à l'offensive russe, la réponse européenne est tardive et institutionnelle. Le forum « Ancrages » (avril 2025) se concentre sur l'entrepreneuriat, bien loin des réalités sécuritaires. Malgré une rhétorique dénonçant le « néocolonialisme » russe, Paris n'a pas su incarmer une rupture convaincante avec le modèle de la Françafrique.

L'AFRIQUE COMME SUJET

Le véritable enjeu est la capacité des États africains à se poser comme des acteurs et non comme des objets de cette rivalité. Le retrait des bases françaises au Sénégal ou en Côte d'Ivoire, tout comme l'alignement sur Moscou, procède d'une logique souverainiste où les régimes cherchent des partenaires, non des tuteurs. L'enjeu n'est pas de choisir entre deux blocs impérialistes, mais de les contraindre à un partenariat équitable.

Les populations, subissant simultanément l'insécurité grandissante, l'exploitation des ressources et l'absence de développement, sont les premières victimes. La souveraineté ne peut se résumer à un changement de drapeau. Elle doit se concrétiser par la sécurité, la justice sociale et le contrôle des richesses. L'heure est à l'unité et à la construction d'un continent maître de son destin, rejetant toute ingérence, qu'elle vienne de l'Est ou de l'Ouest.

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16 hours ago

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Afrika First

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